mercredi 29 juillet 2015

Travail

Travail vient du mot latin tripalium ( trois pieux ) désignant un engin où l'on suspendait les bœufs et les chevaux difficiles pour les ferrer, puis un engin de torture. Les langues nordiques ignorent cette connotation : l'anglais dit work; l'allemand Werk, d'après une racine indo-européenne werg, qui avait déjà produit le grc ergon, mais d'après laquelle le français n'a formé que des mots savants ou spécialisés : orgue, organe, allergie, ergothérapie, etc. L'italien, langue de paysans, a adopté lavoro, qui désigne tout aussi bien le labour à la charrue que le travail en usine. Le mot labeur a au contraire pris en français une tournure très spécialisée ; imprimerie de labeur désigne le secteur des livres ou des prospectus par rapport à celui de la presse - ou encore une tournure poétique : La mer, la vaste mer, console nos labeurs.
Source : Les mots de l'histoire, de J. Boudet, chez Larousse, collection In extenso.

dimanche 26 juillet 2015

Eau

L'eau est une des principales préoccupations matérielles de l'humanité depuis ses origines. Tous les sites préhistoriques, même perchés, étaient à proximité d'une rivière ou disposaient d'une source, de citernes, de barrages. L'expansion de la civilisation romaine s'accompagna d'une conquête de l'eau : les Romains furent de prodigieux constructeurs d'aqueducs. A la fin de l'empire, Rome comptera 19 aqueducs. Les ouvrages de maçonnerie ont laissé des témoignages grandioses ou simplement émonvants : pont du Gard, pour Nîmes; aqueducs de Tarragone, de Ségovie, de Fréjus, d'Arcueil pour Paris, de Zaghouan en Tunisie. Mais la necessité de fabriquer des siphons engagea des quantités énormes de plomb et cet usage abusif du plomb aurait, à la longue, intoxiqué les citadins, créant un mal romain, facteur de décadence ; ce n'est qu'une hypothèse.
Les Romains n'inventèrent rien ; les peuples dont ils firent la conquête - Grecs, Orientaux, Nord-Africains- étaient déjà maîtres des techniques de l'eau. L'antique Babylone les maîtrisait parfaitement. Bien avant l'Aqua Appia de Rome, Jérusalem avait son tunnel d'Ézéchias, qui alimentait la piscine de Siloé. Le Sahara eut ses foggaras, capables de capter l'eau si rare de la rosée nocturne.
Les Gaulois divinisaient l'eau, appelant le Rhin père, les rivières Dives ou Divonnes - c'est-à-dire - ou Marne, c'est-à-dire mère ( Matrona) ; vénérant les eaux thermales, et honorant les lacs et étangs.

mercredi 22 juillet 2015

La loi et ses limites

Les lois doivent-elles changer les mœurs? Montesquieu répond par la négative. Il convient de réformer par les lois ce qui est établi par les lois ; mais ne changer que par d'autres mœurs et d'autres manières ce qui est établi par les mœurs et par les manières.

mardi 21 juillet 2015

Oreille

L'oreille, siège de l'ouïe, organe qui permet à la parole de se transformer en connaissance, méritait d'avoir un rôle actif dans l'image du corps que se fit l'humanité primitive. Molière, dans L'École des femmes, se moque trop vite de la naïveté d'Agnès : " L'autre jour ( pourrait-on se le persuader?)/ Elle était fort en peine, et me vint demander / Avec une innocence à nulle autre pareille / Si les enfants qu'on fait se faisaient par l'oreille." La curiosité d'Agnès était tout au plus celle du mythologue ou de l'ethnologue. Chez les Hittites, au XIVème siècle av. J.-C., le roi-pontife, en hommage à la grande déesse mère, arborait dans son son costume de cérémonie des boucles d'oreilles. Une symbolique du même type permit aux esprits les plus imaginatifs de résoudre le mystère de la naissance de Jésus. Par où le Verbe ( la parole de Dieu ) pouvait-il se faire chair autrement que par l'oreille ?

lundi 20 juillet 2015

Libertin, libertinage

Le sens de libertin a beaucoup évolué en accentuant la nuance péjorative qu'il eut dès l'origine; de 
" libre penseur ", il est passé à " licencieux ", " libidineux ". A la limite, libertinage signifie "athéisme". Mais libertinage peut simplement vouloir dire "goût de la fantaisie". Le mot libertinage s'applique aux mœurs vénitiennes du XVIIème, très "libres".

dimanche 19 juillet 2015

Droit

Summum jus, summa injuria : l'application la plus parfaite du droit aboutit à la plus grande injustice. Jeu de mots de Cicéron - jus ( droit ), injuria ( injustice )- dans le De officiis, dont la traduction doit être paraphrasée pour être comprise. Il évoque le cas fréquent où la meilleure des lois, même appliquée par des juges de bonne volonté, a besoin d'être éclairée par la juriprudence pour ne pas tomber dans l'iniquité. Cet aphorisme est dans la ligne du droit romain, que Cicéron, avocat de métier, maniait avec aisance.

vendredi 17 juillet 2015

Juillet et canicule

Juillet était d'abord quintilis, cinquième mois du calendrier romain. C'est Marc Antoine, alors consul, qui en -44, lui donna ce nom nouveau en hommage à Jules César, dont l'anniversaire tombait le 12. La longueur et la chaleur des jours en ont fait un temps de prodigieuse activité : poursuite, dans la Grèce antique, des jeux olympiques ( commencés en juin ) , grandes fêtes romaines, travaux ruraux, avec pour les Égyptiens l'inondation annuelle du Nil, ailleurs les moissons de messidor. Intense activité militaire cherchant à conclure ou à renouveler les offensives lancées depuis le printemps.
En latin, canicula signifie " petite chienne ", nom donné à une constellation très brillante du Grand Chien, plus connue sous le nom de Sirius. Par extension, on a appelé aussi canicula la période où le soleil se lève et se couche en même temps que Sirius, et qui correspond à de grandes chaleurs. La précession des équinoxes fait échoir ce phénomène en août, mais l'appellation continue à concerner les semaines du 22 juillet  au 23 août. Les Anciens lui prêtaient un rôle désastreux.

mercredi 15 juillet 2015

Dithyrambe

Dithurambos avait en grec le sens spécialisé d' " hymne dionisiaque " avant de prendre celui plus général de " louange enthousiaste ". Il signifiait littéralement " passage de deux portes ", par allusion à l'étrange double naissance de Dionysos, d'abord enfanté normalement par Sémélé et sorti ensuite de la cuisse de Zeus. Il s'agissait à l'origine d'un récit chanté et joué des aventures de Dionysos. Des choreutes, les satyres, que le public, à cause de leur déguisement, appelait boucs, en grec tragoi, y donnaient la réplique à un récitant. Aristote affirme que la tragédie est sortie de ses préludes du dithyrambe.

lundi 6 juillet 2015

Pacte germano-soviétique

Je suis en train de lire un livre passionnant : " La guerre-monde, 1937-1947 ". Il me permet de rafraîchir de vieilles connaissances. Nous avons tous entendu parler du pacte germano-soviétique de 1939 qui a tant troublé certains communistes français. Ce n'était qu'un coup stratégique de Staline. Après le dépeçage en règle de la Pologne par l'Allemagne et l'U.R.S.S, il y a eu échange de prisonniers entre les deux nations.
On peut dire que certains n'ont vraiment pas eu beaucoup de chance : Margarete Buber-Neumann, qui, à la suite de l'exécution par le NKVD de son mari, l'ancien dirigeant communiste allemand Heinz Neumann, a été envoyée au Goulag, est remise aux Allemands pour être déportée à Ravensbrück !
C'était tomber de Charybde en Scylla, entre la peste et le choléra...

Politique

Le non grec Πόλις, signifiant " cité- État, ville ", a engendré une famille de mots passée dans les langues romanes. Ainsi, politique, police, politicien, acropole, métropole. Pour ville, les Latins disposaient de urbs ( d'où urbanisme, urbanité, urbain ). La polis, il est vrai, était une collectivité typiquement grecque et la politique, pour un Grec, était la science de gérer la cité-État, mais aussi l'art de vivre heureux dans cette cité....

jeudi 2 juillet 2015

όχι : non en grec

Bientôt, un referendum, en Grèce, pour savoir si le pays reste dans l'Europe.
En 1940, le général Metaxás, pourtant tourné vers les régimes fascistes, regarde plutôt vers les démocraties, tant il a conscience des appétits de Mussolini en Méditerranée aux dépens de son territoire. Il se rend célèbre et populaire par sa réponse laconique : όχι, non en grec, qui a marqué la mémoire nationale, puique le 28 octobre est encore aujourd'hui, comme " jour du non ", une des deux grandes fêtes du calendrier hellénique. Dès lors, Mussolini lance à partir de l'Albanie l'armée italienne à l'assaut de la Grèce.